L’ENM innove avec un procès fictif sur les enjeux environnementaux en 2050
Douze auditrices et auditeurs de justice se sont prêtés à un exercice inédit à l'École nationale de la magistrature le 16 janvier dernier : un "serious game" sous la forme d’un procès fictif portant sur une catastrophe sanitaire et environnementale. Cette première édition, proposée en collaboration avec Jean-Philippe Larrieu et Jérôme Santolini de l’ABECOPOL (Atelier Bordelais d’Ecologie Politique), illustre la volonté de l'École d'intégrer les enjeux environnementaux dans la formation des futurs magistrats.

Une préparation minutieuse de plusieurs mois :
Le projet, initié par le pôle économique, social et environnemental (PESE) de l'ENM et coanimé par les coordinatrices de formation et magistrates Lucie Cartoux et Nathalie Grosjean, a nécessité plusieurs mois de préparation. Les auditeurs ont mené un important travail de recherche, multipliant les entretiens avec différents professionnels, que ce soit des juristes ou des scientifiques. Cette démarche approfondie leur a permis de choisir un sujet, de construire un scénario et d’imaginer les modalités d’un « procès du futur ».
« Ce format pédagogique nous a permis d’appréhender le travail en équipe qui peut être nécessaire pour la préparation d’une audience médiatique ou regroupant un nombre important de témoins et de parties civiles. À titre personnel, en tant que présidente de ce procès fictif, cela a aussi été l’occasion de me questionner à nouveau sur ma posture lors de la présidence d’audiences correctionnelles », souligne l’auditrice et présidente de ce procès fictif lors de ce serious game.
Un scénario dystopique au service de la réflexion juridique
L'histoire se déroule en 2050, dans un monde où le saumon représente 70% des apports en protéines animales de la population mondiale. Le procès met en scène Mme Dupondt, PDG d’un important élevage de saumon, accusée d'être à l'origine d'une des plus grandes catastrophes sanitaires de la décennie en France. Ce cadre futuriste permet d'explorer les évolutions possibles du droit face aux enjeux environnementaux.
Le projet a été construit avec l’appui et l'expertise de l'Atelier Bordelais d'Écologie Politique (ABECOPOL), un groupe d'enseignants-chercheurs bordelais déjà expérimenté en matière de procès fictifs. Outre Jean-Philippe Larrieu et Jérôme Santolini, plusieurs professionnels ont assisté à la représentation dont Sophie Gerber, chercheuse à l’Université de Bordeaux, Hubert Delzangles, professeur de droit public à Sciences Po Bordeaux, Esther Dufaure, directrice de l’ONG Seastemik et Olivier Gauwin, maître de conférences à l’université de Bordeaux.
Ce "serious game" se distingue par son caractère interactif : les autres auditeurs ont participé au choix des témoins entendus ainsi qu’au vote sur la culpabilité de la prévenue. « Nous avons souhaité faire participer le public, dynamiser le procès fictif. Ce projet a vraiment mis en avant la bienveillance, l’investissement et le travail d’équipe dont les auditeurs ont dû faire preuve durant plusieurs mois », affirme Nathalie Grosjean, magistrate et coordinatrice de formation à l’ENM.
« Cela nous a également permis d’avoir une approche moins « anthropocentrée » dans le traitement des infractions et plus soucieuse de notre environnement également », précise une auditrice de justice.
D’autres procès fictifs avec les futures promotions
Face au succès de cette première édition, l'ENM prévoit de renouveler l'expérience avec la promotion 2025, avec un nouveau procès prévu pour début 2026. Cette initiative s'inscrit dans la volonté de l'École de sensibiliser davantage les futurs magistrats aux enjeux environnementaux.